L'ENTRETIEN avec Pr Oumar Dioum LUNDI 07 MARS 2016

NOUVELLES D’AILLEURS : THE SUMMIT

Le Sommet Arabe s'est ouvert... Et je m'en fiche. Oui, oui... Non pas que cela ne me fasse rien : toutes ces sommités qui se pressent dans notre République dattière, ça en jette, ça en impose ! On a colmaté la fuite d'eau à l'aéroport, même si ces étoiles du monde arabe ne passent pas par là où nous autres nous passons.

Donc, on aurait pu économiser et laisser l'eau couler du plafond. Ces étoiles-là passent par le truc des very very very VIP (toujours in angliche saoudien, of course !). Chacun sa place sur l'échelle alimentaire. 

Le Sommet s'est ouvert... Et je n'ai pas grand-chose à dire. Je ne râle pas contre : il est dans l’ordre des choses, vu l'orientation idéologique que notre pays a choisie, depuis quelques décennies. Non, je n'ai rien à dire car que dire d'un assemblage de leaders qui ne s'entendent pas vraiment, dont certains se haïssent copieusement et qui, sommets après sommets, n'accouchent que de déclarations de principes, de belles photos, de vœux pieux ? Moi, je suis restée échaudée par le sommet de Charm El Cheikh. Je ne m'en suis pas relevée. 

Il paraît que le nôtre, c'est celui de L’Espoir. Euh... comme notre route ? Je ne veux pas être le chat noir mais, bon, suivez mon regard... Nous allons donc espérer, tout en espoir, tout en espérés… et tout en désespérés. Mais, de vous à moi, je reste dubitative. Dans le monde arabe, il ne manque pas de dirigeants. Il manque de leaders charismatiques, de leaders qui insufflent une nouvelle vitalité à une « arabité » agonisante, implosée. 

Il manque une vision élargie et non pas à court terme, qui permette, au monde arabe, de se réapproprier sa place dans la globalisation ; qui rende, aux peuples, le sens d'eux-mêmes ; qui offre un espoir. Un vrai. 

Dans ce vide de la pensée arabe contemporaine, dans cet espace géopolitique en pleine reconstruction, dans cet espace fantasmé, cet espace des peuples, cet espace « intellectualisé », que reste-t-il à rêver ? De quoi rêvent les peuples de ces dirigeants ? Nous aurons donc, je suis prête à parier un kilo de niébés, une magnifique déclaration sur la Palestine. Elle fera plus plaisir à la rue arabe qu'à la rue palestinienne. Cette dernière ne fait même plus attention à ce que nos leaders voyageurs peuvent raconter. Elle, elle gère ses quotidiens, ses souffrances, ses combats. Elle pleure ses enfants assassinés, jour après jour, comme on égrène les chapelets, les uns après les autres. Nerveusement. 

Mais bon, tant que la rue arabe est contente, les leaders présidents, rois, princes, émirs, etc., etc., sont contents. Depuis les années 70, nos leaders successifs ont orienté la rue arabe sur la Palestine, partant du principe que tant que le citoyen lambda était focalisé sur le martyr palestinien, il ne s'occuperait pas de réclamer des droits. Basique, simple et efficace. Nous aurons donc droit à la traditionnelle Déclaration N° XXXL sur la Palestine, sœur en vide des déclarations de l'ONU. 

Et, pendant que nos dirigeants réunis à Nouakchott-Plage se samalèqueront, se rencontreront, en public et en privé, pendant que des alliances se noueront, que des négociations se feront, que des cadeaux seront échangés, les Palestiniens seront, eux, occupés à survivre. Et Daesch continuera à occuper les vides abyssaux de notre politique arabe. Bref, rien à dire... Si un Sommet arabe avait réglé, ne serait-ce qu'une chose, une fois, une seule, j'aurais été plus optimiste. 

Ces sommets arabes-là ressemblent aux sommets de l'Union Africaine : beaucoup d'argent dépensé, beaucoup de contradictions, beaucoup de petits arrangements entre amis, beaucoup de détournements d'idéaux. Et au milieu coulent les peuples... Chacun a les sommets qu'il peut. Ils sont les grandes palabres. Ils ont, reconnaissons-le, au moins le mérite et d'occuper la TVM (je n'en peux plus... Pitié, Seigneur, pitié !) et de rendre notre centre-ville tout beau tout propre. 

Un sommet arabe ? Oust, les vendeurs à la sauvette, crise aiguë de « goudronite », « peinturage », « nettoyage » (il se trouve même des âmes charitables armées de balais qui nettoient à la place des services de la communauté urbaine...), « sécuritage », « re-sécuritage », circulation fluide (profitez-en bien : dès le départ de tous ces arabes réunifiés, retour aux embouteillages, aux crises de nerfs, aux poubelles, à la poussière et au goudron qui fond sous la pluie...), oust, du balai ! Que les quartiers périphériques échappent à ce grand nettoyage d'hivernage, pas grave : ceux-là, c'est le bas de l'échelle alimentaire. Y comptent pas. 

Nous avons même un « village » montrant notre pays. Que n'y soient exposés que des objets reflétant une seule communauté beydane? Pas grave : ce sont bien des arabes qui reçoivent des arabes. C'est un truc entre amis. Soninkés, Halpulaar, Wolofs ? Vous chipotez, les râleurs : ce sont des noms de plats exotiques... « Vous reprendrez bien un peu de Soninké ? Je vous recommande ce plat, Votre Excellence... » On a eu droit à la représentation culturelle et à notre ministre de la Culture, accessoirement porte-parole du Gouvernement et accessoirement aimant à chaussure, qui est resté de marbre devant. On a eu droit à notre marronnier à nous : la présidente de la CUN, drapée dans une belle vertu islamique, refusant de serrer (Mon Dieu, quelle horreur !) les mains masculines qui avaient l'outrecuidance de tenter d'attraper la sienne, en ce geste si étrange, venu des lointains nordiques, qui consiste à se secouer la main, en signe d'amitié et de politesse. Pourtant, à ce qui me semble, ce sont bien des arabes, pour la plupart musulmans, ceux qui souhaitaient remuer la pince de notre récalcitrante... Mais, bon, nous sommes meilleurs musulmans que les autres et meilleurs arabes. Et toc aux invités musulmans qui ne comprennent rien à l'islam et à nos coutumes ! 

Je suppose que nos moustiques locaux ont été gazés. Ça, ça serait bien. Non seulement pour mon prochain et imminent séjour à Nouakchott mais, plus altruistement, parce qu’une piqûre d'un seul de nos moustiques étant particulièrement redoutable, une victime pourrait crier au crime... de lèse-majesté, peut-être même. Hou la la ! A l’eau, alors, le sommet ! 

Bref. Je regarde passer ce grand truc chamarré et bigarré. Je me dis que j'aurais pu m'épargner de transpirer sur cette chronique en résumant le Sommet à : et/ou la Palestine sera encore une variable d'ajustement ; et/ou le grand Ordonnateur en Roi Soleil, l'Arabie saoudite… Le reste ? Superfétatoire (oui, oui, c’est du bon français, pas de l’angliche saoudien, ouvrez le dico...). Salut 

Mariem mint Derwich 

 

Source: http://lecalame.info

 

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